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Le camion de 1998 Un pompier du Mornet est descendu du train de onze heures dix. Un sac de sport, une chemise cartonnée sous le bras, et le rendez-vous à l'agence d'en…

Un pompier du Mornet est descendu du train de onze heures dix. Un sac de sport, une chemise cartonnée sous le bras, et le rendez-vous à l'agence d'en face, celui qu'on prend quand on a décidé de ne plus rentrer.

Sa caserne couvre onze communes. Trois départs par nuit l'été, des feux de broussailles et des malaises, et un camion de 1998 qu'un mécanicien retraité entretenait le samedi, contre une convention de six mille euros par an passée par la mairie. En mars, la convention n'a pas été reconduite.

Le maire a écrit à la région, avec les devis, les heures de sortie et le nombre d'habitants couverts. Il a lu la réponse à voix haute devant le corps réuni, un mardi soir, puis il en a fait des copies pour ceux qui voulaient. C'est celle-là que l'homme avait dans sa chemise cartonnée. Trois lignes, polies, signées d'un chef de service : la convention d'entretien ne relève pas du plan d'effort en discussion, elle fait l'objet d'une ligne distincte.

Voilà ce qu'il faut retenir. On ne lui a pas dit non. On lui a dit qu'il n'était pas dans le sujet.

Le pays débat depuis six semaines de ce qu'on demande aux corps de secours. Les chiffres circulent, les maires protestent, la Cour des comptes publie. Pendant ce temps, la convention de sa caserne a été rangée ailleurs, dans une catégorie dont personne ne débat parce qu'elle n'a pas de nom public. Sa perte est réelle, elle est documentée, elle est même reconnue par écrit. Elle n'a simplement pas d'adresse où être portée.

C'est un procédé propre, et il ne demande aucun mensonge. On ne conteste pas le fait, on conteste son rattachement. Le plaignant a raison sur tout sauf sur le classement, et le classement est la seule chose qui décide de ce dont on parle. Quand assez de choses ont été rangées dans assez de lignes distinctes, il reste un débat parfaitement sincère sur un périmètre qui ne contient plus grand-chose.

Il a remis la chemise dans son sac avant de traverser. Il m'a dit qu'il avait tenu vingt-deux ans. Il ne parlait pas du camion.

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Six heures trente Malka a appelé sur le prépayé un mercredi soir, content comme je ne l'avais pas entendu depuis longtemps. Le ministère de l'Aménagement lui avait…

Malka a appelé sur le prépayé un mercredi soir, content comme je ne l'avais pas entendu depuis longtemps. Le ministère de l'Aménagement lui avait envoyé le rapport sur les zones peu denses, cent quatre-vingts pages, deux jours avant tout le monde. Sous embargo jusqu'au jeudi six heures trente.

— Ils m'ont pris au sérieux, Lucas.

Je lui ai demandé combien ils étaient à l'avoir reçu. Il ne savait pas. Il a rappelé une heure plus tard : cinq rédactions.

Le jeudi à six heures trente, les cinq ont publié. Presque à la minute. Les cinq papiers ouvraient sur le même chiffre, celui de la page quatre du résumé, parce que c'est celui que le résumé mettait en avant et qu'à cette heure-là personne n'a lu les cent quatre-vingts pages. Aucun des cinq ne citait de contradicteur : on ne réveille pas un maire à cinq heures du matin pour lui demander de commenter un document qu'il n'a pas.

Voilà ce qu'il faut retenir. L'embargo n'a pas donné du temps à Malka. Il lui a donné de l'avance sur ses concurrents et du retard sur tout le reste.

Puis on regarde l'heure choisie. Six heures trente, c'est avant les matinales de sept heures. Le porte-parole du ministère était l'invité de la première d'entre elles, à sept heures dix, où on l'a interrogé sur cinq articles parus depuis quarante minutes et qui disaient tous la même chose. Il a eu l'air d'un homme qui répond à la presse. Il répondait à un calendrier qu'il avait posé lui-même.

Le procédé ne coûte rien et ne demande aucun mensonge. On donne un vrai document, complet, à de vrais journalistes, libres d'écrire ce qu'ils veulent. On choisit seulement l'heure. Et l'heure décide de ce qu'ils auront eu le temps de faire.

Malka m'a dit qu'un journal avait rompu l'embargo l'an dernier, en publiant la veille. Il ne reçoit plus les dossiers. Personne ne le lui a signifié : il a simplement cessé d'être sur la liste, et la liste n'existe pas.

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La quatrième commission Le Fil d'Arèse annonçait ce matin la création d'une commission sur l'accès aux soins dans les zones peu denses. Seize membres, six mois de travaux,…

Le Fil d'Arèse annonçait ce matin la création d'une commission sur l'accès aux soins dans les zones peu denses. Seize membres, six mois de travaux, un rapport attendu pour février. Le ministère parle d'un diagnostic partagé. Le RNL, qui la réclamait depuis mars, se félicite. Le PPS, qui la crée, se félicite aussi.

J'ai du temps, maintenant. J'ai ouvert les archives.

En 2019, une mission d'information sur l'accès aux soins dans les territoires ruraux : rapport rendu, quatre-vingts pages, onze recommandations. En 2022, un groupe de travail sur la démographie médicale : cent dix pages, quatorze recommandations, dont neuf reprenaient celles de 2019 en changeant l'ordre. En 2024, un comité de suivi chargé d'évaluer l'application des précédentes. Son rapport constate qu'elles n'ont pas été appliquées, et recommande de les appliquer.

Voilà ce qu'il faut retenir. On n'a jamais refusé de traiter ce sujet. On l'a confié quatre fois.

Le procédé ne coûte rien et ne se heurte à personne. Refuser une commission oblige à dire pourquoi ; l'accorder demande six mois et des jetons de présence. Pendant ces six mois, la question a une adresse, et cette adresse n'est pas le gouvernement. Ceux qui s'impatientent passent pour des gens qui n'attendent pas les conclusions, ce qui est difficile à défendre en public. Et quand le rapport tombe, il tombe un an après l'émotion qui l'avait rendu nécessaire.

Calvas a dit une phrase en séance que le compte rendu enregistre et que personne n'a reprise. Je voterai cette commission, c'est la quatrième à laquelle je participe sur ce sujet, et j'y participerai, parce que refuser serait pire.

Il a raison sur les deux points. C'est ce qui rend la chose parfaite.

Le rapport de 2019 est toujours en ligne. Il est très bien fait. Je l'ai lu ce matin, six ans après ceux à qui il était destiné.

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