Quatre-vingt-six pour cent
Le Fil d'Arèse a publié ce matin le calendrier de rentrée du PPS. En tête, une mesure présentée comme la priorité de l'automne : l'interdiction des panneaux publicitaires pour les jeux d'argent aux abords des écoles. J'ai lu le titre au café, et j'ai fait ce que je fais depuis que je n'ai plus de rédaction : j'ai reconstitué comment il était arrivé là.
Il n'est pas arrivé par l'urgence. La publicité pour les paris devant les écoles est un problème ancien, documenté depuis des années, dont personne n'avait fait une priorité, faute de saison pour ça. Il est arrivé par une note. Rose Argan, qui mesure l'opinion pour qui la paie, en a remis une à Estelle Vannier, qui règle les séquences du parti. Sur cette mesure, le PPS recueille quatre-vingt-six pour cent d'avis favorables : toutes les régions, tous les âges, tous les bords. Sur le sujet que la note laissait de côté, le prix des loyers à Arèse, le même parti est minoritaire partout.
J'entends la phrase d'Argan sans l'avoir entendue, parce que c'est la sienne depuis toujours.
— Vous ne choisissez pas la réponse. Vous choisissez la question.
Le reste se déroule seul, et c'est là qu'il faut regarder. L'opposition qui voudrait attaquer devra d'abord expliquer pourquoi elle défend les panneaux de paris devant les écoles, ce qu'aucune opposition ne fera. Elle se rabattra sur la distance réglementaire, le mètre près, le contrôle des enseignes, et cette discussion d'arpenteur tiendra lieu de débat tout l'automne.
Le procédé ne ment pas. La mesure est peut-être bonne, l'interdiction utile, les quatre-vingt-six pour cent sincères. Rien n'est faux. Ce qui disparaît n'est pas dans le texte qu'on vote, il est dans celui qu'on ne dépose pas : la rentrée est prise, et les loyers attendront un automne où le parti sera moins pressé.
Quatre-vingt-six pour cent : c'est le score d'une mesure, et c'est le prix d'un silence. Le second ne figure sur aucune note.